Féminisme et Marxisme

Ce 8 Mars, une grande partie du monde a célébré la Journée Internationale des Femmes, proposée par la marxiste Clara Zetkin en 1910 dans l’Internationale Socialiste des Femmes.

Malheureusement, le caractère éminemment prolétarien, révolutionnaire et combatif de cette journée est régulièrement oublié au profit de la « fête féministe » qui nous est vendue chaque année par les médias ainsi que les grands partis politiques français, avec l’appui, le soutien, de la quasi-totalité des grands groupes financiers occidentaux. Le 8 Mars est devenue une journée quasiment monopolisée par le libéralisme, le capitalisme et la bourgeoisie.

En lisant cela, certains peuvent se demander, à juste titre vu ce que disent la plupart des individus se réclamant de cette idéologie, qu’est-ce donc la vision marxiste de la question féminine? Si le marxisme ne revendique pas les mêmes choses que les autres, que revendique-t-il? À travers la critique faite aux mouvements féministes qui participent au 8 Mars, n’y a t’il pas une forme d’opposition à l’égalité homme-femme, à l’émancipation féminine?

Afin de répondre au mieux à ces différentes questions, à ces différentes problématiques, je vais essayer de développer, dans un premier lieu, la vision marxiste au sujet de la question féminine, pour ensuite expliquer pourquoi il y aurait donc une claire opposition entre la vision marxiste de la question féminine et les thèses féministes (des thèses qui proviennent de la bourgeoisie).

I. Vision Marxiste de la Question Féminine

Depuis qu’il existe, le marxisme, à travers le matérialisme historique et dialectique, s’est penché sur la question féminine, la question de l’oppression des femmes, afin de comprendre ce problème et y apporter une solution.

Selon le marxisme, chose que rappel Alexandra Kollontaï dans ses Conférences à l’Université Sverdlov sur la libération des femmes, le rôle d’un individu ou d’une catégorie d’individus dans une société donnée est déterminé avant tout par la place que cet individu ou catégorie d’individus occupe dans la production. Il en va de même pour les femmes. Comme le disait Kollontaï :

la situation de la femme est toujours une conséquence du type de travail qu’elle fournit à un moment précis de l’évolution d’un système économique particulier

Kollontaï, A., Conférences à l’Université Sverdlov sur la libération des femmes.

C’est donc le rôle de la femme dans l’économie qui détermine sa place dans la société.

Au début, durant l’ère primitive, quand les être humains erraient en petits groupes et où la propriété privée des moyens de production était inexistante, il n’y avait pas de distinction majeure entre les hommes et les femmes. Cette distinction est apparue avec la sédentarisation des différents groupes humains et la première grande division du travail de l’histoire humaine, celle entre hommes et femmes. (1)

Tandis que les hommes partaient à la chasse ou pillaient d’autres tribus, les femmes restaient afin d’organiser ce qui restait de la tribu. Pour les femmes qui s’en occupaient en permanence, les propriétés du feu leur devinrent familières, et elles purent ainsi l’utiliser pour faciliter et économiser leur propre travail. Les femmes apprirent à cuire des récipients en terre pour les rendre plus résistants et à rôtir la viande qu’elle pouvait ainsi mieux conserver. Les femmes, liées au foyer par leur maternité, domptèrent le feu et en firent leur serviteur. Mais les lois de l’évolution économique modifièrent par la suite cette relation, et la flamme du premier foyer réduisit la femme en esclavage, la dépouillant de tous ses droits et l’attachant pour longtemps à ses fourneaux. (2)

Parallèlement à cela, s’est développée progressivement la famille monogamique traditionnelle et la propriété privée, des facteurs importants afin de comprendre l’avènement du patriarcat. Cette famille monogamique traditionnelle est fondée sur la domination de l’homme avec le but précis de créer des enfants d’une paternité incontestée, et cette paternité incontestée est exigée, est une nécessité, parce que ces enfants entreront un jour en possession de la fortune paternelle, en qualité d’héritiers directs. (3)

L’apparition de la propriété privée est donc un facteur de haute importance, un facteur clé, afin de comprendre l’avènement de la famille monogamique patriarcale traditionnelle. Le mariage conjugal fut un grand progrès historique, mais en même temps il ouvre, à côté de la propriété privée, cette époque qui se prolonge jusqu’à nos jours et dans laquelle chaque progrès est en même temps un pas en arrière relatif, puisque le bien-être et le développement des uns sont obtenus par la souffrance et le refoulement des autres. (4)

Avec l’arrivée du capitalisme, selon Engels, la famille prolétarienne, la famille pour une part importante de la population, n’est plus monogamique au sens strict du terme, même s’il y a, de part et d’autre, l’amour le plus passionné et la fidélité la plus absolue. La femme a reconquis le droit au divorce, et quand les deux part ne peuvent plus s’entendre, elles préfèrent se séparer. Bref, le mariage prolétarien est monogamique au sens étymologique du mot, mais plus au sens historique, sens historique qui était basé sur la non révocabilité de l’union, l’enchainement perpétuel de la femme. (5)

Les femmes ont été écartées de la production économique. C’est seulement la grande industrie de nos jours qui a rouvert – à la femme prolétaire – la voie de la production sociale; mais, selon Engels, dans des conditions telles que la femme, si elle remplit ses devoirs au service de la famille, reste souvant exclue ou limitée de la production sociale et ne peut par conséquent rien gagner; par ailleurs, si elle veut participer à l’industrie et gagner pour son propre compte, elle est dans beaucoup de cas hors d’état d’accomplir ses devoirs familiaux. La famille conjugale moderne est fondée sur l’esclavage domestique, avoué ou voilé, de la femme. L’homme, dans un grand nombre de cas, doit être le soutien de la famille et doit la nourrir; ceci lui donne une autorité souveraine qu’aucun privilège juridique n’a besoin d’appuyer. (6)

Maintenant que nous avons compris d’où vient le patriarcat selon le marxisme, penchons-nous sur les solutions qu’il apporte afin d’y mettre fin.

La prépondérance de l’homme dans le mariage est la conséquence de sa prépondérance économique et disparaîtra d’elle-même avec celle-ci. Par conséquent, ayant compris cela, selon Engels, l’affranchissement de la femme a pour condition première la rentrée de tout le sexe féminin dans l’industrie générale et cette condition exige à son tour la suppression de la famille conjugale traditionnelle (et non la famille tout court) en tant qu’unité économique de la société. Il faut donc réconcilier les tâches productives et reproductives, sans cette réconciliation, il ne peut y avoir d’égalité homme-femme ni de société qui puisse aller vers l’avant. C’est, selon Engels, avec la conquête de la propriété commune, la conquête du Socialisme, que la famille conjugale traditionnelle cessera d’être l’unité économique de la société. L’économie domestique privée se transformera en une industrie sociale. L’entretien et l’éducation des enfants deviendront une affaire publique. (7)

Même si l’esclavage domestique des femmes existe toujours, même si la contradiction entre le rôle productif et le rôle reproductif de l’individu n’est pas encore éliminé et est même entrain de s’accroître à nouveau avec la crise, grâce à la lutte menée par les travailleuses et leurs camarades travailleurs ce siècle dernier, la situation générale du sexe féminin s’est grandement amélioré en France. Le patriarcat n’est plus en France ce qu’il était il y a un siècle ou ce qu’il est encore dans certains pays et cela est le fait de la lutte de la classe ouvrière.

Cependant, il est impossible de se dire que les femmes sont émancipées. En effet, comme le rappel Clara Zetkin :

L’émancipation de la femme comme celle de tout le genre humain ne deviendra réalité que le jour où le travail s’émancipera du capital. C’est seulement dans la société socialiste que les femmes comme les travailleurs accéderont à la pleine possession de leurs droits

Zetkin, C., La lutte pour la libération des femmes.

Si nous prétendons réellement l’émancipation des femmes, il est notre devoir de lutter contre le système capitaliste, contre l’État bourgeois et pour la révolution socialiste. Il est de notre devoir de conquérir et établir cette « propriété commune » dont faisait référence Engels. Dans le cas contraire, malgré nos dires, nous ne lutterons pas pour l’émancipation des femmes, mais pour le maintien de leur asservissement aux côtés du reste des travailleurs par les oligarchies bourgeoises gouvernant notre nation.

Voici un point qui sépare, qui divise, clairement les thèses marxistes des thèses du mouvement féministe.

II. Opposition claire et net entre les thèses marxistes et les thèses féministes

Ce point peut surprendre un certain nombre d’individus. Le marxisme n’est-il pas féministe? Pourtant, Clara Zetkin ou encore Alexandra Kollontaï l’étaient non?

Eh bien après avoir lu sous différentes langues (anglais, français et espagnol) différents textes de Zetkin, de Kollontaï, ainsi que le livre Feminismo y movimiento de mujeres socialistas en la Revolución Rusa, qui fait une analyse générale de la vision marxiste de l’époque au sujet du féminisme, ainsi que les livres Clásicos Comunistas sobre la Mujer et La Mujer y el Comunismo qui regroupent les analyses de Marx, Engels, Lénine, Staline, Hoxha ou encore Kollontaï sur la question féminine, je peux conclure que non, le mouvement marxiste révolutionnaire ne se renvidiquait pas comme étant féministe, mieux, il se revendiquait en contradiction totale avec ce mouvement, en « Séparation Nette » comme le disait Zetkin dans son article Reinliche Scheidung.

Est-ce que cela veut dire que les marxistes souhaitaient le maintien du patriarcat? Qu’ils n’en avaient que faire des femmes? Comment devons-nous comprendre tout cela? C’est ce que je vais développer ici.

Tout d’abord, comme je pense que vous l’avez bien compris avec la première partie de mon développement, non, les marxistes ne souhaitent pas le maintien du patriarcat et n’en ont pas non plus que faire des femmes. Depuis ses débuts, depuis la rédaction du Manifeste, paru en 1848, la question féminine est considérée comme étant de haute importance par les différents penseurs et organisations marxistes, qui ont cherché à résoudre cette question.

C’est ici que les divergences apparaissent entre marxistes et féministes. En effet, la résolution de cette question n’est pas du tout la même pour les premiers et pour les seconds. Comme le définit si bien Kollontaï dans son texte Les Bases Sociales de la Question Féminine :

les féministes cherchent l’égalité dans le cadre de la société de classe existante, en aucun cas, elles n’attaquent les bases de cette société

Et comme ajoute Zetkin dans Reinliche Scheidung :

Les féministes bourgeoises aspirent à réaliser des réformes pro-féminines au sein de la société bourgeoise, à travers une lutte entre les sexes et en contraste avec les hommes de leur propre classe, elles ne remettent pas en question l’existence même de la société. Les femmes prolétariennes, au contraire, se battent à travers une lutte de classe contre classe, en étroite communion d’idées et d’armes avec les hommes de leur classe – qui reconnaissent pleinement leur égalité – pour l’élimination de la société bourgeoise en faveur de l’ensemble du prolétariat.

C’est là la grande divergence, l’antagonisme même, entre les marxistes et les féministes. Pour les marxistes, pour les révolutionnaires conséquents, il ne peut y avoir d’émancipation féminine sans sortie du capitalisme, sans lutte pour la conquête du Socialisme, de la Dictature du Prolétariat, de la propriété commune. Il est intéressant de noter comment Zetkin oppose « féministes bourgeoises » et « femmes prolétariennes », elle ne parle pas de féminisme ni de « féministes prolétarienne » pour parler des femmes prolétaires en lutte.

Les féministes voient les hommes comme leur principal ennemi […], Les travailleuses, les femmes prolétaires, ont une autre attitude. Elles ne voient pas l’homme comme leur ennemi, leur oppresseur ; au contraire, elles pensent que les hommes sont leurs camarades, qu’ils partagent avec elles les corvées quotidiennes, et luttent avec elles pour un avenir meilleur.

Kollontaï, A., Les bases sociales de la Question Féminine.

Le mouvement féministe, selon les marxistes, en parlant d’émancipation de la femme sans parler de lutte implacable contre le capitalisme, en parlant des « Femmes » en général (faisant abstraction des distinctions de classes), est au fond un mouvement inter-classiste (qui cherche l’union d’éléments des deux classes), qui parle avant tout de lutte de sexes plutôt que de lutte de classes, servant de ce fait avant tout au maintien de l’ordre en place, le système capitaliste. De ce fait, le féminisme a un rôle profondément réactionnaire pour les marxistes.

Certains se demanderont alors quand est-il du dénommé « féminisme prolétarien », « féminisme de classe », prôné, actuellement, par un certain nombre d’individus, dont certains se réclament du bolchévisme. Dans toutes mes lectures, dans tous ses différents textes écrits par d’éminents marxistes révolutionnaires, je n’ai rien trouvé de la sorte. À aucun moment j’ai vu Kollontaï, Zetkin, Lénine et bien d’autres se revendiquer d’un « féminisme de classe ou prolétarien ». Par contre, je les ai vue dire ceci :

Il est pour nous difficile de trouver un seul fait dans l’histoire de la lutte des travailleuses pour l’amélioration de leurs conditions matérielles auquel le mouvement féministe en général a contribué de façon majeure.

Kollontaï, A., Les bases sociales de la Question Féminine.

Nous pouvons constater par là combien la classe ouvrière se séparait profondément des féministes et combien leurs positions sur la question des femmes étaient divergentes.

Kollontaï, A., Conférences à l’université Sverdlov sur la libération des femmes.

Quel est le but des féministes? Leur but est d’obtenir les mêmes avantages, le même pouvoir, les mêmes droits au sein de la société capitaliste que ceux que possèdent actuellement leurs maris, pères et frères. Quel est le but des travailleuses? Leur objectif est d’abolir tous les privilèges découlant de la naissance ou de la richesse. Savoir si son patron est un homme ou une femme lui est indifférent à la travailleuse.

Kollontaï, A., Women’s Day.

Notre revendication du droit de vote des femmes n’est pas une revendication féministe, mais une revendication de classe et de masse du prolétariat.

Zetkin, C., La batalla por el derecho de voto dará a la mujer proletaria consciencia política de clase, Resolución presentada al Congreso Socialista Internacional de Stuttgart el 22 de agosto de 1907 y discurso informativo sobre la resolución sobre el derecho de voto de las mujeres del Primer Congreso de la Internacional de Mujeres Socialistas.

La thèse doit clairement souligner que la vraie liberté pour les femmes n’est possible que par le communisme. Le lien indissociable entre la position sociale et humaine de la femme et la propriété privée des moyens de production doit être fortement mis en évidence. Cela tracera une ligne de distinction claire et indéracinable entre notre politique et le féminisme.

Lénine cité dans : Zetkin, C., Lenin on the Women’s Question.

Depuis un an, nous faisons un travail de propagande assez important auprès des travailleuses. Le but de cette propagande n’est naturellement aucunement féministeNotre seul objectif est d’attirer la masse des travailleuses dans la lutte du prolétariat contre l’impérialisme.

Inessa Armand citée dans : Frencia, C., Gaido, D., Feminismo y movimiento de mujeres socialistas en la Revolución Rusa.

Et ceci n’est qu’une infime partie de tout le contenu que j’ai observée où des marxistes révolutionnaires conséquents, droits, fermes dans leur principes, ont exprimé de façon claire et nette leur hostilité, leur opposition, concernant le mouvement féministe « en général », dans sa globalité.

Comme nous pouvons le voir, les marxistes conséquents, droits, opposent « Féminisme » et « Lutte pour l’émancipation des travailleuses ». Ils considèrent ces deux choses comme étant contradictoires. À partir du moment où on lutte pour l’émancipation réelle des femmes, en combattant le capitalisme, en se battant pour la conquête du socialisme, selon les marxistes conséquents, on est tout sauf féministe. Ils parlaient de lutte pour l’émancipation des travailleuses, des femmes travailleuses, ils parlaient de vision marxiste de la question féminine, ils parlaient de mouvement des femmes travailleuses et révolutionnaires, mais ils ne parlaient pas de Féminisme pour se décrire, pour s’autodéfinir, ils rejetaient cela, chose assez intéressante et qui interroge quand on pense à ceux qui le font actuellement.

Face à ces quelques points que j’ai développé, certaines personnes diront que l’utilisation du terme « Féminisme » est désormais généralisée, dans les syndicats, dans les partis politiques, sur internet et dans les médias. Dans ce cadre-là, selon eux, il vaudrait mieux se revendiquer comme « féministes », malgré le fait que les marxistes conséquents y étaient opposés, afin de ne pas se mettre à dos tout ce beau monde. Afin d’y répondre, j’aimerais rappeler quelques anecdotes très instructives décrites dans Feminismo y movimiento de mujeres socialistas en la Revolución Rusa.

Avant la Grande Révolution d’Octobre de 1917 en Russie, se sont réunis pendant plusieurs années à partir de 1905 des « Congrès Pan-Russes des Femmes ». À ces différents congrès ont assisté et se sont affrontés marxistes et féministes. Au tout premier congrès, célébré en 1905, Kollontaï se trouva toute seule pour défendre ses positions et celles des bolcheviks. Kollontaï critiqua et attaqua avec virulence les féministes (y compris celles qui n’étaient pas opposées au Socialisme) et leurs positions. Rapidement, elle fut interrompue par des sifflements et des huées en provenance des féministes. Ces dernières l’ont insulté, une féministe la compara aux antisémites Centurie Noire (17), une autre dénommée Krandievskaya lui hurla qu’une corde autour de son cou serait quelque chose de beaucoup trop clément pour elle… Seule une personne a soutenu les positions de Kollontaï, une ouvrière isolée, dans un congrès qui réunissait plus de mille personnes. Après le congrès, la situation resta très tendue, Kollontaï et les bolcheviks firent face à une avalanche d’immondices et de calomnies de la part des féministes.

En 1908 Kollontaï se rendit à nouveau au Congrès Pan-Russe des Femmes (alors qu’elle était recherchée par les autorités). Est-ce qu’elle et le Parti, face à cette avalanche de violence qui leur tomba dessus en 1905, changèrent leurs positions? Est-ce Kollontaï capitula, en se réappropriant des positions féministes, en se réclamant féministes mais en rajoutant « de classe » ou « marxiste » afin de paraître différente, afin de paraître acceptable?

Non. Elle et les bolcheviks restèrent fermes, ils ne cédèrent rien face aux féministes, aucune virgule ne fut cédée dans le but de les contenter ou de les caresser dans le sens du poil.

Résultat?

D’un côté, l’avalanche de violence contre elle et les bolcheviks de la part des féministes se poursuivit. Cependant, cette fois-ci, Kollontaï n’était plus toute seule, un groupe ouvrier s’était constitué dans le congrès. Groupe ouvrier qui continua de défendre des positions de classe et de combat, qui continua à s’opposer au Féminisme, en restant ferme dans ses positions et cela quoi qu’il arrive, face à des féministes qui d’ailleurs durant la Première Guerre Mondiale avaient appelé à la mobilisation égale des hommes et des femmes (car c’est bien connue qu’on lutte pour les intérêts des femmes en appelant à leur extermination au front aux côtés des hommes dans une guerre impérialiste).

À aucun instant les bolcheviks ont cédé. Comme cela a été dis ci-dessus, les marxistes considéraient le mouvement féministe comme étant intrinsèquement bourgeois et en opposition même avec le mouvement ouvrier. Par conséquent, aucune capitulation, aucune retraite n’est permise. Ils ont donc poursuivi la défense de leurs principes, leur opposition au mouvement féministe et ses idées. Ils l’ont fait congrès après congrès, jusqu’à ce qu’un beau jour, le Congrès Pan-Russe des Femmes laissa sa place au Congrès Pan-Russe des Ouvrières et Paysannes.

Oui, comme l’ont fait les bolcheviks en participant aux Congrès Pan-Russes des Femmes, il faut participer aux mouvements de ce type, aux associations, aux syndicats, même quand nous y sommes minoritaires, chose que rappelle Lénine. Cependant, à aucun instant les principes n’y doivent être remis en cause. A aucun instant il ne faudrait limiter, censurer ou adapter nos propos, notre théorie et notre pratique. Les bolcheviks ont participé à ces congrès, ont participé au mouvement des femmes de Russie, alors qu’il était sous contrôle des féministes. Ont-ils au nom de cela abandonné leurs positions, par facilité, pour se revendiquer eux aussi comme étant des féministes (même « de classe »)? Non.

Conclusion

Depuis plus d’un siècle et demi, les communistes, les marxistes révolutionnaires et conséquents se battent pour une émancipation réelle et concrète des femmes. Chose qui selon eux ne peut être obtenue que par l’abolition de la propriété privée, l’abolition de l’héritage capitaliste ainsi que la conquête et l’édification de la Dictature du Prolétariat et du Socialisme. Si la lutte n’est pas orientée vers ces objectifs, pas d’élimination des causes matérielles de la situation féminine et donc pas d’amélioration de cette dernière. Comme nous le rappel Kollontaï :

Tout ce que les travailleuses ont gagné dans l’amélioration de leurs conditions de vie est le résultat des efforts de la classe ouvrière en général et d’eux-mêmes en particulier. L’histoire de la lutte des travailleuses pour de meilleures conditions de travail et pour une vie plus décente est l’histoire de la lutte du prolétariat pour sa libération.

Kollontaï, A., Les bases sociales de la Question Féminine.

En cela, le marxisme s’est déclaré en opposition totale avec le mouvement féministe, mouvement qui, de par la volonté de parler à toutes les femmes, en priorisant donc le sexe à la classe, ne peut que servir les intérêts du pouvoir, de la classe dominante, de la bourgeoisie. Mouvement qui peut donc être caractérisé de réactionnaire.

Indépendamment des calomnies et injures qu’ils pouvaient recevoir, indépendamment de tout ce qu’ils pouvaient avoir contre eux, les bolcheviks n’ont pas cédé face à ce mouvement, face à la bourgeoisie, ils sont restés fermes, ils ont refusé d’intégrer les « apports » de ce mouvement bourgeois afin de les contenter ou d’éviter le conflit.

À ce moment-là, quand on voit que certains ont commencé depuis quelques décennies à faire l’inverse, en se revendiquant féministes, en ajoutant juste « de classe » ou « marxiste » pour paraître différents, et tout cela afin de ne pas choquer (ne pas choquer qui?), comme si on pouvait être communiste sans choquer, on peut se demander en observant comment avaient agi les bolcheviks si ce n’est pas au fond une forme de capitulation face à l’idéologie bourgeoise, une forme de capitulation, par facilité, afin de ne pas subir comme Kollontaï les calomnies et les insultes de la part de la bourgeoisie, ses chiens de garde et sa presse. Fuir l’ennemi, essayer de ne pas le choquer, et tout cela par peur du conflit ouvert, est-ce une attitude que Kollontaï, Zetkin, Lénine et bien d’autres auraient approuvée?

En brisant la fermeté de principes, en acceptant, par facilité, ne serait-ce qu’un point de l’idéologie bourgeoise, on crée un précédent, on ouvre une porte pour ensuite faire entrer tout le reste, toute l’idéologie bourgeoise, provoquant une dégénérescence comme celle qu’ont connue et continuent de connaître encore aujourd’hui les anciens partis communistes européens. Il vaudrait mieux ne pas faire pareil n’est-ce pas?

Chez nous, l’émancipation de la femme est conduite par le Parti. Ce n’est pas un «mouvement féministe», comme dans les pays capitalistes. Il s’agit du progrès de la femme, de sa promotion à un niveau supérieur, de son accession à la pleine égalité des droits avec l’homme ; c’est la marche, la main dans la main, de la femme et de l’homme, en pleine harmonie de sentiments et d’objectifs et animés des idéaux les plus purs et les plus sublimes de l’humanité, c’est la marche vers le communisme.

Hoxha, E., De certains aspects du problème de la femme albanaise.

Notes

1- Engels, F., L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.

2- Kollontaï, A., Conférences à l’Université Sverdlov sur la libération des femmes.

3- Engels, F., L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.

4- Ibidem.

5- Ibid.

6- Ibid.

7- Ibid.

8- Il s’agit d’une organisation pro-tsariste profondément anti-sémite et réactionnaire. Bref, c’est comme si actuellement on vous accusait d’être un « facho pro-Soral ».

Bibliographie

Engels, F., L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.

Frencia, C., Gaido, D., Feminismo y movimiento de mujeres socialistas en la Revolución Rusa.

Hoxha, E., De certains aspects du problème de la femme albanaise.

Kollontaï, A., Les bases sociales de la Question Féminine.

Kollontaï, A., Women’s Day.

Kollontaï, A., Conférences à l’Université Sverdlov sur la libération des femmes.

Zetkin, C., La batalla por el derecho de voto dará a la mujer proletaria consciencia política de clase, Resolución presentada al Congreso Socialista Internacional de Stuttgart el 22 de agosto de 1907 y discurso informativo sobre la resolución sobre el derecho de voto de las mujeres del Primer Congreso de la Internacional de Mujeres Socialistas.

Zetkin, C., Reinliche Scheidung

Corpus de Textes Clásicos Comunistas sobre la Mujer et La Mujer y el Comunismo regroupant une série de textes d’Engels, Lénine, Hoxha, Kollontaï ainsi que d’autres figures communistes notables.

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