La Lutte contre le Poison religieux

Marty, Numéro 4 de 1930 des Cahiers du Bolchévisme.

La campagne d’invectives, de menaces, de provocations agressives contre la Russie des Soviets, sous le prétexte qu’elle persécute la religion, menée farouchement par les gouvernements impérialistes, leurs agents social-démocrates, le Pape et les archevêques, mérite qu’on s’arrête sur la question de la religion.

Le communisme bâtit sa conception du monde sur le socialisme scientifique, sur le marxisme ; la base philosophique du marxisme est absolument athéiste et définitivement hostile à toute religion.

« La religion est l’opium du peuple ». Toutes les religions et les églises sont considérées par le marxisme comme des instruments de la réaction bourgeoise, qui servent à l’exploitation et à la déception de la classe ouvrière, et la croisade actuelle des églises contre la Russie des soviets est une nouvelle confirmation de la vérité de ce jugement.

La religion, affaire privée (?)

Deux déviations sont à combattre. Engels combat, en 1874, la conception ultra-gauche des Blanquistes qui voudraient introduire dans le programme du parti ouvrier une confession directe de l’athéisme dans le sens d’une déclaration de guerre bruyante à la religion. Il blâme les blanquistes de ne pas comprendre que seule la lutte de classe qui entraîne les larges masses du prolétariat dans une activité politique consciente et révolutionnaire est capable de libérer les masses opprimées du joug de la religion, tandis que la déclaration de guerre à la religion comme tâche politique de la classe ouvrière ne relève que de la phraséologie anarchiste.

En 1877, Engels, tout en flétrissant impitoyablement dans son Anti-Dühring les plus minces concessions du philosophe à l’idéalisme et la religion, n’en condamne pas moins sa prétendue idée révolutionnaire que la religion serait interdite dans une société socialiste. Il demande au parti ouvrier de se consacrer au travail d’organisation et d’éducation du prolétariat – travail qui doit mener au dépérissement de la religion – sans se jeter dans les aventures d’une guerre politique de la religion.

Cette plateforme fut adoptée par la social-démocratie. La « Déclaration de la religion comme une affaire privée » fut un point du programme d’Erfurt en 1891.

Lénine, dans son étude de la religion, remarque que cette tactique devint une routine, qui aboutit à une nouvelle déviation du marxisme, dans le sens de l’opportunisme.

« La religion, pour nous social-démocrates, pour notre parti, est considérée comme une affaire privée », ainsi fut interprété le programme d’Erfurt. Engels jugea nécessaire une mise au point définitive sur la question, et déclara que « la social-démocratie regarde la religion comme une affaire privée quant à l’Etat, mais pas du tout quant au parti ouvrier« . [Petite parenthèse historique : avant la Guerre de 1914, les « marxistes » réformistes et les marxistes révolutionnaires se revendiquaient tout deux de la social-démocratie. C’est suite à la Guerre et à la révolution bolchévique que la distinction entre sociaux-démocrates et communistes se fera effective]

C’est la conclusion du matérialisme dialectique. Elle doit être prise aujourd’hui avec d’autant plus de force que la meute des laïques démocrates et sociaux-démocrates se joint aux princes de l’église pour crier au sacrilège.

« La religion est toujours affaire privée » quant à l’affirmation verbale de la doctrine social-démocrate. C’est ainsi que trois cours différents sue la religion ont été professés à l’école du Parti Socialiste.

Le point de vue blanquiste serait défendu par M. Perceau. Le point de vue mystique du socialisme chrétien est soutenu par M. André Philip : « La religion affirme l’existence d’une réalité au-delà de la réalité sensible » et « il n’y a pas de contradiction entre socialisme et christianisme, mais ces deux grandes forces morales doivent s’entraider et réaliser la cité juste » (Populaire, journal socialiste).

M. Jean Longuet essaie une synthèse il admet fort bien, comme Max Adler, qu’on puisse concilier le matérialisme et ses conceptions religieuses. « Il faut combattre l’influence politique de l’Eglise, mais non les conceptions religieuses ». C’est l’opportunisme flétri par Engels.

La position du communisme

Lénine a bien posé le problème :

Le marxisme est matérialiste ; il est donc hostile à la religion comme le matérialisme des encyclopédistes ; mais il va plus loin qu’eux en appliquant la philosophie matérialiste à l’histoire et aux sciences sociales.

Nous devons lutter contre la religion : c’est l’a b c du matérialisme et donc du marxisme. Mais, pour savoir comment combattre la religion, nous devons expliquer, en matérialistes l’origine de la foi et de la religion aux masses.

La lutte contre la religion ne doit pas être rétrécie à des proclamations abstraites, idéologiques ; la lutte doit être menée en étroite liaison avec les tâches concrètes et l’activité de la lutte de classe qui est dirigée vers l’élimination des racines sociales de la religion.

Pourquoi la religion maintient-elle son prestige dans les couches arriérées du prolétariat des villes et la masse des paysans ? A cause de l’ignorance du peuple, répond le bourgeois progressiste, radical et matérialiste. A bas la religion ! Vive l’athéisme ! Voilà notre tâche. Et il combat l’esprit religieux par l’esprit laïque bourgeois, démocratique.

Le marxiste condamne cette conception erronée, superficielle, étroite, de « lumière et culture à tout le peuple ». Ce point de vue, en effet, n’explique pas assez profondément les racines de la religion.

Dans les pays capitalistes modernes, ces racines religieuses sont, avant tout, sociales ; elles sont à chercher dans l’oppression sociale des masses ouvrières, leur asservissement aux forces du capitalisme qui, à toute heure, chaque jour, leur inflige exploitation terrible et tortures mille fois plus terribles que les événements extraordinaires, comme la guerre et les tremblements de terre.

La crainte devant la puissance aveugle du capital, la crainte suspendue comme une menace à chaque pas du prolétaire et du petit possesseur, et qui peut subitement, d’une manière inattendue, par accident, le faire glisser dans la pauvreté, la mendicité, la prostitution, c’est la racine de la religion – que le matérialiste ne doit pas perdre de vue s’il ne veut pas tomber dans le marais bourgeois.

La lutte idéaliste abstraite des démocrates bourgeois contre la religion ne tend qu’à remplacer la divinité par des grues idéologiques, qui cachent les racines de la religion et maintiennent le prolétaire sous le joug du capitalisme et, par suite, de la religion.

Lénine, après avoir expliqué ainsi notre pensée, cite un exemple pour montrer comment il ne faut pas séparer brutalement, d’une manière absolue, la propagande athéiste, l’annihilation de la croyance religieuse en certaines couches du prolétariat des conditions dans lesquelles ces prolétaires luttent.

Supposons le prolétariat d’une entreprise qui se met en grève, divisé en une section de communistes conscients, naturellement athées, et une catégorie d’ouvriers arriérés, encore liés aux traditions paysannes de leur village, croyant en Dieu, allant à l’église et subissant l’influence du curé de l’endroit, organisés dans un syndicat chrétien. Le marxisme doit songer avant tout à assurer le succès de la grève et doit s’opposer résolument à toute tentative de différencier le prolétariat combattant en chrétiens et révolutionnaires. La lutte de classe amènera plus vite les ouvriers chrétiens au communisme et à l’athéisme que ne pourrait le faire la propagande abstraite de l’athéisme.

Le communiste doit être un matérialiste conséquent, combattant la religion non pas avec un discours purement théorique passe-partout, mais sur la base de la lutte de classes, attentif à éduquer les masses dans cet esprit.

La construction socialiste tue le capitalisme et l’idée religieuse

« Si le part du prolétariat demande de l’Etat la proclamation de la religion comme une affaire privée, il ne regarde pas comme affaire privée la question de la lutte contre l’opium du peuple, la lutte contre les superstitions religieuses » a écrit Lénine.

La lutte contre la religion, en Union Soviétique, est inséparablement liée à l’exécution du plan quinquennal, au processus d’industrialisation et de collectivisation de l’agriculture, à la campagne de liquidation du koulak comme classe, à la lutte pour l’extirpation des vestiges du capitalisme.

Marx nous a montré que « le monde religieux est le reflexe du monde réel ».

La chrétienté, avec son culte de l’homme abstrait, plus particulièrement dans son développement bourgeois, protestantisme, déisme, est la religion la plus propre à une société basée sur la production de marchandise, car les gens entrent en relation sociale pour échanger mutuellement des marchandises.

Voilà la base de la religion pour une société basée sur l’exploitation d’une classe par une autre.

Et Marx continue :

Le réflexe religieux du monde réel ne peut disparaître que lorsque les rapports pratiques de la vie quotidienne offrent à l’homme seulement les relations parfaitement intelligibles et raisonnables entre l’homme et la nature.

Le processus de vie de la société, qui est basée sur la production matérielle, ne peut dépouiller son voile mystique avant d’être traitée en tant que production par les hommes librement associés, et consciemment réglée par eux, suivant un plan établi…

C’est la construction même de l’économie socialiste prolétarienne, suivant un plan, consciemment élaboré par le gouvernement des Soviets, qui extirpe, en progressant à la ville et à la campagne, à la fois les vestiges du capitalisme et les bases réelles de la religion.

La liberté succède à l’empire de la nécessité, la machine libère l’homme, au lieu de l’asservir ; le tracteur éveille à la vie supérieure de l’intelligence le paysan pauvre en lui apportant la preuve de la supériorité de la production collective sur le labeur de forçat du paysan isolé, travaillant de l’aube à la nuit.

Librement associé avec ses compagnons de villages dans les terres collectivisées, dans les diverses associations agricoles, le paysan se libère du joug du koulak, mais aussi de l’influence du pope, du pope qui lui apprenait à aimer sa pauvreté, à chérir sa misère, à bénir son esclavage, pour mériter la récompense : l’entrée au paradis de l’autre monde.

Rien d’étonnant à ce que le métropolite de l’église orthodoxe grecque déclare « plusieurs églises sont fermées, mais elles sont fermées non pas sur l’initiative des autorités, mais conformément au désir de la population et, dans certains cas même, suivant une décision des croyants eux-mêmes ».

La révolution prolétarienne, en brisant les chaînes d’esclavages économiques et politiques, permet l’ascension de l’esprit des ténèbres de la religion, libère le cerveau prisonnier des traditions ancestrales et superstitions moyenâgeuses, soigneusement entretenues par le capitalisme.

Quelle confirmation plus éclatante pour la doctrine matérialiste marxiste expliquant que les racines de la religion sont sociales dans le monde capitaliste, que l’alliance actuelle de l’Eglise avec les gouvernements capitalistes, les social-démocrates, les démocrates, les francs-maçons, pour détruire le socialisme constructeur de la société des producteurs librement associés, débarrassés du capitalisme et sa religion !

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