Les communistes, le vaccin et le passeport sanitaire

[Depuis fin 2019, les débats politiques ont été fortement gangrenés par la thématique Covid. Certes, il était légitime que la gestion de cette pandémie occupe une place importante dans le débat publique, mais très vite le débat se vit paralysé entre d’un côté les partisans du gouvernement qui ne voient aucun défaut dans la gestion capitaliste de la crise, insultant quiconque penserait autrement de complotiste, et d’un autre côté, les pseudos « anti-covidistes » à la mentalité petite-bourgeoise et au discours anti-vaccin et anti-scientifique. Pour tacher de voir plus clair dans tout cela, nous avons jugé pertinent de traduire la résolution du comité central du Front de la Jeunesse Communiste (FGC), une organisation communiste italienne, qui sur ce sujet a une position juste et éclairante selon nous (en revanche nous ne partageons pas l’idée que Cuba, malgré ses acquis sociaux, serait socialiste, mais cela nous aurons l’occasion de le développer plus tard…) En vous remerciant.]

Résolution du Comité central du Front de la jeunesse communiste (FGC). Approuvé à l’unanimité le 11 septembre 2021

1. La crise pandémique et la gestion capitaliste de l’urgence sanitaire démontrent chaque jour l’incapacité de ce système à répondre aux besoins essentiels de la grande majorité de la population mondiale et de la classe ouvrière de chaque pays. En aucun cas, la nature imprévue et contingente de la pandémie ne peut supprimer ou occulter les responsabilités politiques définies des gouvernements qui ont fait passer les intérêts du profit avant la protection de la santé des populations et des travailleurs. 4,5 millions de personnes sont mortes dans le monde, dont plus de 130 000 en Italie, en raison de l’insuffisance des mesures sanitaires pour contenir les contagions, en raison des carences des systèmes de santé résultant des politiques d’attaque envers les dépenses sociales et les services essentiels, et en raison de la distribution inégale des vaccins produits par les grands monopoles pharmaceutiques.

2. Le vaccin est un outil essentiel dans la lutte contre la pandémie. Les résultats bien documentés des campagnes de vaccination actuelles confirment que la population vaccinée présente des taux d’hospitalisation et de développement de symptômes sévères drastiquement inférieurs – évitant la saturation des hôpitaux, qui a été l’une des causes de nombreux décès lors de la première vague – et démontrent également l’efficacité du vaccin contre l’infection et la transmission du virus lui-même. Cela confirme la nécessité de se battre pour un plan de vaccination universel qui garantisse l’accès aux vaccins et aux traitements. En Italie, 3,8 % de la population âgée de plus de 50 ans n’a pas reçu la première dose de vaccin. Actuellement, un an après le début des vaccinations, 70% de la population âgée de plus de 12 ans est vacciné. Avec l’augmentation de la propagation des variants viraux, un Italien sur trois n’a pas terminé le cycle de vaccination. C’est précisément le retard pris dans la réalisation de la campagne de vaccination au cours des premiers mois et les difficultés logistiques pour garantir l’administration du vaccin dans les zones les plus périphériques du pays qui constituent une grave responsabilité des gouvernements qui se sont succédé cette année, et qui démontrent, une fois de plus, l’ampleur criminelle des dégâts causés par le démantèlement progressif de la santé publique.

3. Nous devons débarrasser le terrain de toutes les positions qui, au nom de la « liberté », s’opposent à l’obligation vaccinale. Ces positions sont fondées sur la vision typiquement bourgeoise et petite-bourgeoise de la liberté, conçue comme une liberté individuelle exclusive et opposée aux intérêts généraux de la société. Par rapport à ces positions, il faut tenir compte de la vérité historique objective selon laquelle les droits sociaux peuvent souvent être véritablement affirmés et défendus précisément sous forme d’obligation, en tant que droits inaliénables. Ce n’est pas pour rien que les luttes historiques pour garantir le droit d’étudier aux plus pauvres se sont d’abord et avant tout traduites par la revendication d’un enseignement obligatoire plus élevé, en opposition ouverte à la « liberté » de choisir à l’âge de 10 ans d’étudier ou de travailler en usine. Ce n’est pas pour rien si les vacances, ou le congé de maternité, sont obligatoires, c’est-à-dire des droits auxquels on ne peut renoncer pour les hommes et les femmes qui travaillent. On sait malheureusement ce que signifie la « liberté » de choisir de se faire soigner ou non pour les citoyens des États-Unis, qui se voient refuser quotidiennement leur droit aux soins de santé. La légitimation et l’affirmation de cette conception réactionnaire, qui au nom de la  » liberté  » vise à légitimer l’idée que les droits acquis peuvent devenir renonçables, doit trouver l’opposition de toutes les forces progressistes et de classe, sans ambiguïté ni accommodement d’aucune sorte.

4. La gestion des campagnes de vaccination dans le monde capitaliste reflète, ni plus ni moins, l’irrationalité de ce système. Les vaccins sont immédiatement devenus le terrain de la concurrence commerciale entre les sociétés pharmaceutiques, souvent avec une succession de campagnes médiatiques contradictoires visant à orienter l’opinion publique et les politiques gouvernementales en faveur d’un vaccin plutôt qu’un autre, contribuant à alimenter la méfiance et à favoriser la diffusion d’opinions antiscientifiques et réactionnaires avec la diffusion systématique par les principaux médias italiens de nouvelles alarmistes. La course pour produire rapidement des vaccins à l’horizon de la commercialisation, sans nuire à la sécurité, qui est un critère minimal avec le pourcentage d’efficacité pour rendre les vaccins compétitifs sur le marché, entraîne une moindre optimisation. Les principaux vaccins en circulation sont complexes à produire à grande échelle et souvent inadaptés à la distribution dans de nombreux pays qui ne disposent pas des infrastructures nécessaires. De même, le fait de ne pas produire une version adaptée à une administration en dessous de certains seuils d’âge exclut déjà une partie importante de la population mondiale : environ un septième de la population mondiale a moins de 15 ans.

5. Dans le même temps, au moins un milliard de personnes dans le monde, en Afrique, en Asie et en Amérique latine, se voient tout simplement refuser l’accès aux vaccins, en raison de choix de marché précis effectués par les grands monopoles et les pays au sommet de la pyramide impérialiste. En Europe, les grands monopoles pharmaceutiques ont utilisé leur position de monopole et exercé une pression constante sur les États pour obtenir des conditions favorables de la part des gouvernements, avant de s’assurer les fournitures nécessaires. Le développement de variants principalement dans les pays où la couverture vaccinale est loin d’être suffisante – comme la variante « Delta », originaire d’Inde, où les communistes et les travailleurs luttent depuis des mois pour un accès gratuit et universel à la vaccination – montre que la neutralisation de la propagation du Covid-19 doit aussi et surtout se faire au niveau international, et pour cela il est crucial de développer la lutte du prolétariat et des couches populaires pour un accès gratuit et universel au vaccin dans le monde entier. Ce tableau suffit à lui seul à souligner l’insuffisance de la demande de suspension des brevets des vaccins et la nécessité d’une critique plus large de la gestion capitaliste dans son ensemble.

6. Les mesures du gouvernement italien liées au « Green Pass » (passe sanitaire) européen sont la feuille de vigne derrière laquelle se cache un gouvernement qui n’a pas voulu prendre la responsabilité d’instaurer la vaccination obligatoire. Un ensemble de mesures hypocrites qui s’inscrit dans une tendance croissante des États et des gouvernements à se désengager de la gestion publique des urgences sanitaires, ramenant tout à la responsabilité individuelle des personnes. Cette dernière tendance, en particulier, a été le dénominateur commun de toutes les politiques d’endiguement de l’année dernière, qui se sont concentrées sur la compression des libertés dans la sphère des loisirs – payée principalement par l’industrie de la restauration – afin d’éviter de nouvelles fermetures dans des secteurs économiques clés. En alternance, une campagne médiatique constante désignait les jeunes, la vie nocturne ou d’autres aspects tout à fait secondaires comme responsables des contagions, alors que les faits montraient que des millions de contagions se produisaient précisément dans les usines, les entrepôts, les lieux de travail et sur les moyens de transport. Un instrument tel que l’extension des restrictions du « Green Pass », dans le contexte de la décision prise il y a plus d’un an par les gouvernements européens de « vivre avec » le virus, en limitant au maximum les mesures de confinement (une politique qui n’est pas obligatoire et qui diffère, par exemple, de celle adoptée par plusieurs pays asiatiques), aurait pu être mis en œuvre comme mesure accessoire pour autoriser l’utilisation de certains services ou activités d’importance secondaire. Ce qui se passe aujourd’hui est très différent. En l’absence d’obligation, sans aucune prise de responsabilité politique de la part du gouvernement et de l’État, la possession du Green Pass limite l’accès aux services essentiels et aux droits fondamentaux, des trains aux universités, au point de devenir de fait une source de discrimination et de division entre les travailleurs sur le lieu de travail. En particulier, dans cette dernière sphère, le Green Pass devient un outil pour empêcher de nouvelles fermetures ou des ralentissements dans l’extraction de profits par les entreprises, en transférant la responsabilité de toute contagion sur le travailleur. La concomitance avec la disponibilité de l’argent du PNRR (Plan National de Relance et de Résilience) explique, en partie, l’accélération de l’introduction de ces mesures : les capitalistes italiens veulent tout investir dans le partage de ce gâteau afin de se garantir des parts de marché et des profits toujours plus importants, et sont prêts à exploiter toute mesure à caractère anti-ouvrier. Le Green Pass doit être critiqué sur la base de ces considérations, sans céder aux récits antiscientifiques et réactionnaires concernant l’efficacité et l’utilité des vaccins, en précisant sans ambiguïté que l’alternative au Green Pass n’est pas la « liberté » de choisir de ne pas se vacciner au détriment de la santé publique et de la collectivité, mais au contraire une campagne de vaccination universelle et massive.

7. La revendication de l’obligation vaccinale pour soutenir une campagne de vaccination universelle et de masse – même et surtout face à la possibilité d’administration de doses supplémentaires pour allonger la période de couverture du cycle vaccinal – est essentielle et inverse la logique de l’induction à la vaccination qui décharge la responsabilité sur l’individu, faisant de l’accès au vaccin un droit que l’Etat doit prendre en charge pour tous ceux qui vivent en Italie. Ce serait un outil central également pour éviter que, en plus des poches limitées de refus volontaire, continuent à rester exclus de l’accès à la vaccination ceux qui sont actuellement incapables de demander le vaccin – comme les travailleurs étrangers ou les immigrants en général sans documents ou tous ceux qui voient leur droit à la santé limitée par l’application de l’article 5 du décret Lupi sur le logement, qui avec la voie de l’extension des limitations liées au Green Pass sont susceptibles de souffrir d’une discrimination supplémentaire dans le lieu de travail et l’accès à de plus en plus de services de base. Ce raisonnement est d’autant plus valable que la responsabilité juridique de l’État en matière de sécurité des vaccins administrés s’applique aussi bien aux vaccins « recommandés » qu’aux vaccins « obligatoires ».

8. Il n’est pas possible de concevoir la lutte contre le COVID-19 uniquement à travers la conduite de la campagne de vaccination, car même l’introduction d’une vaccination obligatoire généralisée ne peut garantir à elle seule une sortie de l’urgence pandémique. D’autres outils pour lutter contre la propagation du virus doivent être ajoutés au vaccin. Tout d’abord, une mesure de sécurité sérieuse et réelle dans les transports publics et les lieux d’étude et de travail, qui se sont révélés ces derniers mois être des vecteurs potentiels de contagion. Deuxièmement, une intervention structurelle pour renforcer et réformer le service public de santé qui, dans la lutte contre la pandémie, a démontré toutes les limites de la conception corporatiste et privatiste des soins de santé. Troisièmement, l’introduction d’un dépistage de masse périodique efficace effectué sur les lieux d’étude et de travail afin de pouvoir agir systématiquement en cas de contagion dans les milieux concentrés. Quatrièmement, la mise à disposition d’outils d’aide pour soutenir les personnes qui sont infectées et qui n’ont pas d’espace pour effectuer un isolement à domicile sans risque pour leurs cohabitants. Le fait de décharger exclusivement la lutte contre la pandémie sur la campagne de vaccination est un facteur de déresponsabilisation vis-à-vis du gouvernement qui, au lieu d’investir dans la mise en œuvre des mesures nécessaires, que nous avons brièvement énumérées, s’empresse de mettre à disposition toutes les ressources disponibles pour soutenir la restructuration capitaliste.

9. la légitimation dans le débat politique national des théories du complot, de conceptions ouvertement antiscientifiques et réactionnaires, souvent mêlées à des théorisations pseudo-scientifiques ou para-religieuses, et la coparticipation de l’appareil médiatique à la promotion de ces théories sont des phénomènes significatifs qui démontrent que le système capitaliste a épuisé toute énergie propulsive de nature progressiste et qu’aujourd’hui, victime de ses propres contradictions, il est totalement incapable de produire une véritable émancipation des masses populaires de leur état de dénuement, d’ignorance et de superstition. Les pulsions les plus irrationnelles des secteurs arriérés de la petite-bourgeoisie donnent aujourd’hui naissance à de nouveaux obscurantismes, différents dans la forme mais pas dans le fond de celui qui, déjà au XIXe siècle, s’opposait à l’apparition des premières vaccinations contre la variole, voire même à des campagnes anti-vaccination très semblables à celles d’aujourd’hui, jusque dans leurs arguments. La schizophrénie du capital se reflète au niveau politique avec le repositionnement continu des convenances sur le même sujet par les forces politiques de gouvernement – à commencer par la Lega et le M5S – qui ont plus d’une fois fait un clin d’œil aux cercles « no vax » ou soutenu ouvertement des positions anti-scientifiques.

10.  La méfiance qui persiste à l’égard du vaccin dans une partie de la population est une conséquence des politiques contradictoires dans l’adoption de mesures pour contenir la contagion et de l’absence d’une campagne d’information sérieuse de la part des autorités sanitaires. Les politiques de gestion de la pandémie ont été déterminées de temps à autre par la pression des secteurs économiques, qui ont exigé et obtenu le passage soudain des fermetures et des « zones rouges » à « tout le monde libre » pendant les mois d’été, ou le confinement des restrictions à la sphère des loisirs alors que le virus se propageait dans les moyens de transport et sur les lieux de travail. En partie en raison de la faiblesse et du faible enracinement des forces de classe, ces contradictions ne sont souvent pas perçues comme le résultat de la primauté des profits des employeurs sur la protection de la santé publique, ce qui génère une méfiance qui n’est pas directement imputable aux théories du complot ou au « no-vax ». De même, les indications pour l’administration des différents vaccins et les notes du ministère de la Santé, qui sont également dues à des dynamiques étrangères au domaine scientifico-sanitaire, se sont révélées non contradictoires. Il y a une responsabilité politique claire dans le pourcentage élevé de personnes non vaccinées. Par la suite, lors de la phase de distribution du vaccin, la propagande même de la possibilité de vaincre la pandémie par le seul biais du vaccin – sans l’accompagner des nécessaires mesures d’endiguement et du renforcement des services essentiels qui en auraient grandement amélioré l’efficacité – et l’existence d’un talk-show permanent, visant principalement à augmenter l’audience, ont remplacé le développement d’une campagne d’information claire sur le vaccin, le débat sérieux. Un débat déséquilibré a été généré, construit autour de l’efficacité du vaccin, qui est constamment remise en question sans réfutation scientifique basée sur des données réelles, et non sur la gestion de la pandémie ou les mesures dont le vaccin aurait dû être accompagné. Cette dynamique, associée à une surexposition médiatique, a manifestement entraîné une méfiance croissante à l’égard des preuves scientifiques et la prolifération de théories sans fondement scientifique. Dans le même temps, la polarisation qui s’est opérée dans les médias a conduit à ridiculiser les doutes, aussi légitimes soient-ils compte tenu des conditions du débat public, et le renvoi automatique aux positions « no vax » a inévitablement contribué à leur radicalisation. Le résultat est une fois de plus de rejeter la responsabilité de la proportion de la population non vaccinée sur les seuls individus. Il est nécessaire, en tant que communistes, de raisonner sur la nécessité d’une véritable information de classe sur le sujet qui élimine les éléments conspirationnistes et obscurantistes, tout en contrant d’autre part ces tendances à affirmer une supériorité intellectuelle présumée, qui ne font que continuer à alimenter les différences de classe dans l’utilisation de l’information.

11. La critique anticapitaliste ne peut être réduite à une rhétorique instrumentale visant à soutenir des positions antiscientifiques et réactionnaires. Telles sont les positions qui cherchent à présenter l’opposition aux vaccins « produits par les multinationales et Big Pharma » comme une lutte anticapitaliste. Le vaccin, comme toute marchandise dans le capitalisme, est certainement transformé en une opportunité de profit, mais l’idée qu’il s’agit du principal instrument par lequel les grands monopoles profitent de l’exploitation de la pandémie est inexacte, car elle ne tient pas compte de la rentabilité énormément plus grande des médicaments, des thérapies pharmacologiques, voire des cosmétiques produits et vendus en masse par ces mêmes entreprises. La vérité indéniable selon laquelle, dans le capitalisme, tout est une marchandise, y compris les services essentiels, la nourriture que nous mangeons chaque jour et les produits que nous utilisons, et que tout est produit par des entreprises capitalistes et des multinationales opérant selon la logique du profit, ne justifie pas de remplacer la lutte contre les monopoles capitalistes – et la soumission de la science à ceux-ci – par la lutte contre la médecine et la méthode scientifique en tant que telles. Les communistes sont pleinement conscients du caractère historique de la connaissance scientifique, qui n’est jamais absolue, parfaite et immuable, mais fait partie du développement historique de son époque ; ils sont bien conscients que la science peut être dirigée, mal orientée, déformée et même utilisée pour des intérêts de classe spécifiques. La lutte pour le socialisme est la lutte pour que les travailleurs s’emparent de la science et de la technologie, en les plaçant sous un contrôle populaire total, en les orientant vers les intérêts de toute l’humanité et non vers le profit de quelques-uns. Nous en voulons pour preuve l’exemple, petit mais significatif, du Cuba socialiste, qui a produit des vaccins entièrement publics, facilement reproductibles, et qui est devenu ces jours-ci le premier pays au monde à vacciner tous les enfants de plus de deux ans pour garantir leur retour à l’école.

12. La faiblesse du mouvement de classe en Italie aujourd’hui se reflète dans la tendance des organisations de la gauche radicale à subir l’influence des positions exprimées par le camp adverse, s’adaptant passivement à la polarisation du débat public. L’absence d’une relation organique efficace avec les masses ouvrières a inévitablement conduit à l’incapacité de contrer une alternative de classe crédible aux plans de gestion de la pandémie de la bourgeoisie italienne. C’est le cas depuis mai 2020, lorsque le gouvernement italien a choisi la voie de la réouverture précipitée sous l’énorme pression des secteurs de la bourgeoisie, notamment du tourisme et de la restauration, les secteurs prolétaires étant traînés à la queue des protestations des petits entrepreneurs. Aujourd’hui, face aux secteurs les plus arriérés du prolétariat entraînés à la remorque des mouvements réactionnaires contre les vaccinations et le Green Pass, une partie de la gauche de classe est tentée par ceux qui lui demandent d’adopter ouvertement ce genre de mot d’ordre. Plus généralement, la tentation de substituer à la reconstruction de l’organisation de classe la recherche du consensus d’opinion aboutit à être constamment entraîné sur le terrain du débat imposé par le récit médiatique, dans lequel l’affrontement de classe qui se déroule dans le pays finit par ne trouver aucun espace. Le paradoxe est le suivant : alors qu’une énorme attaque de classe contre les travailleurs est en cours, avec des milliers de licenciements du nord au sud du pays, en Italie, on parle du Green Pass et des places d’hôpitaux occupés par les tenants du « no vax ». Accepter ce tableau sans regarder au-delà est une voie sans issue, car cela conduit à affaiblir théoriquement et politiquement les avant-gardes de classe sans résoudre d’un iota le problème de la marginalité.

13. Il faut sortir la lutte contre le gouvernement Draghi de la fausse polarisation entre partisans et « conspirationnistes », entre pro-vaccins et anti-vaccins, très utile aux forces gouvernementales, pour remettre l’affrontement de classe au centre, l’imposer comme thème central du débat public avec la force de la lutte organisée et consciente des travailleurs, des chômeurs, des travailleurs précaires, des étudiants. La tâche immédiate des communistes dans cette phase est de favoriser toute forme de convergence des forces de classe utile pour renforcer le front de la lutte et pour donner vie, dans les faits plutôt qu’avec des acronymes et des proclamations, à un front uni de classe qui s’oppose au front uni des capitalistes qui gouverne l’Italie aujourd’hui, dont le PNRR est le produit politique le plus cohérent. La grève générale du 11 octobre lancée unitairement par les syndicats de base, ainsi que la mobilisation prévue fin octobre contre le sommet des chefs d’Etat du G20, sont des moments importants dans le cycle de luttes qui s’ouvre, auquel la jeunesse communiste contribuera de toutes ses forces et de toute son énergie, en lançant l’agitation parmi les jeunes des secteurs populaires dès les premiers jours d’école.

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